Considérations générales

Ce dossier contient la description de diverses pratiques sexuelles dans une optique de réduction des risques de transmission du VIH-sida (Virus de l’Immunodéficience Humaine-Syndrome de l’Immuno Déficience Acquise) ou d’autres ITSS (Infections Transmissibles Sexuellement ou par le Sang). Notre intention ici n’est pas d’expliquer en détails comment pratiquer ces activités, mais plutôt de décrire comment nous pouvons nous protéger adéquatement en les pratiquant*.

Cependant, nous vous rappelons qu’en matière de sexualité, il faut d’abord s’écouter et respecter ses limites ainsi que celles de son, sa ou ses partenaires. Chacune des pratiques abordées ici devrait se dérouler dans le cadre d’un respect et d’une confiance mutuels entre les partenaires impliqués.

Douche anale
Pratique consistant à utiliser des tubes, des tuyaux, des embouts de douche ou des poires de lavement pour injecter un liquide dans le rectum dans le but de le nettoyer et/ou de procurer un plaisir sexuel. Il convient d’utiliser de l’eau tiède, propre et sans additif. Il faut être vigilant et s’assurer que le matériel utilisé et introduit dans le rectum est dépourvu d’irrégularité coupante pour éviter les risques de lésions. L’apparition de telles lésions crée une porte d’entrée possible pour la contraction d’ITSS. Si le lavement est pratiqué avec un partenaire, bien nettoyer et désinfecter l’appareil utilisé avant de le passer à l’autre. Pour un protocole complet de désinfection, vous pouvez consulter notre rubrique à ce sujet en bas de page. Il convient de ne pas pratiquer les lavements trop souvent parce qu’ils endommagent la flore microbienne utile à la digestion.

Fellation
Faire une fellation à un homme ou en recevoir une peut être une activité à risque de contracter une ITSS.

Il est important d’éviter de se laver les dents ou d’utiliser la soie dentaire avant une fellation : cela peut irriter les gencives et créer des lésions. Si celles-ci sont en contact avec du sperme ou du liquide pré-éjaculatoire, vous augmentez les risques de vous infecter. Pour les mêmes raisons, il faut aussi éviter la fellation si l’un ou l’autre des partenaires a des blessures dans la bouche (infection des gencives, petites plaies, plaies causées par une autre ITSS).

Enfin, des ITSS comme l’herpès, la gonorrhée ou encore la syphilis sont facilement transmissibles par la fellation. Pour se protéger, la fellation peut être faite avec un condom. Certains condoms de saveurs ou encore des condoms non-lubrifiés sont spécifiquement conçus pour pratiquer la fellation protégée.

Fisting
Le plus grand soin est à apporter à cette pratique qui consiste à pénétrer le vagin ou le rectum de son ou sa partenaire avec sa main, voire son avant-bras. Malgré son nom, le « fisting » ne sous-entend pas la pénétration du poing fermé dans le vagin ou le rectum, mais plutôt une lente introduction de la main dont les doigts sont gardés tendus et groupés dans l’orifice au préalable abondamment lubrifié et distendu progressivement. Si vous vous adonnez à cette pratique, vous devrez faire très attention à votre rectum ou à votre vagin. Cette pratique peut occasionner des déchirures importantes. Une personne peut prendre un certain temps avant d’arriver à prendre une main complète ou un poing. Il est donc important de ne pas pousser trop fort ou aller trop vite.

D’abord, il est préférable de s’être coupé et limé les ongles pour éviter des blessures dans la paroi anale ou vaginale. Si vous prévoyez « fister », il est important de porter des gants afin de protéger les deux partenaires. Les gants médicaux de latex, de vinyle ou de nitrile sont suggérés et ils doivent être de la bonne taille. La friction supplémentaire causée par des plis dans le gant ou par le surplus de matériel peut abîmer les parois. Tout comme le condom, le gant ne doit servir qu’une seule fois. Si deux personnes sont pénétrées en même temps ou successivement, il faudra prévoir deux gants différents. Il faut aussi utiliser beaucoup de lubrifiant sur la main ET les orifices. Un gel à base d’eau ou de silicone est l’idéal. Un lubrifiant à base de pétrole (ex : vaseline) est à éviter absolument, car il attaquera le latex.

Si vous prévoyez « fister » profondément, assurez-vous de ne pas avoir de petites entailles et coupures sur le bras. En étalant un peu d’alcool à friction sur votre bras vous pouvez vérifier la présence de blessures. L’application causera un picotement aigu qui indiquera la présence d’une abrasion.

S’il y a blessure et écoulement de sang, le risque de transmission du VIH est augmenté, surtout si la personne qui effectue la pénétration a des lésions à la main. Des douleurs ou des saignements sont des signes d’alerte à ne pas négliger, qui font craindre une rupture digestive et indiquent un arrêt immédiat du « fisting », ainsi qu’une consultation médicale. Enfin, même bien faite, cette activité provoque une irritation des muqueuses anales et vaginales et les rend donc plus vulnérables face au VIH et aux autres ITSS.

Golden shower
Pratique consistant à uriner sur la peau, dans la bouche ou à l’intérieur du rectum ou du vagin de son ou sa partenaire. Lorsqu’il n’y a pas de sang, l’urine peut être mise en contact avec la surface extérieure de la peau intacte sans risque d’infection. Il est important de ne pas uriner à proximité des lésions. Rappelez-vous qu’un bouton est une lésion. L’urine dans la bouche ne présente pas de risque de transmission du VIH, on peut cependant contracter d’autres ITSS.

Jeux scatologiques
Concernant cette pratique qui est d’ingérer ou de manipuler des excréments, il n’y a aucun danger de transmission des ITSS tant que la peau est saine. Cependant, il est dangereux d’avoir des excréments dans la bouche ou d’en ingérer. Ceux-ci peuvent non seulement contenir du sang, mais aussi toutes sortes de parasites intestinaux, sans compter le risque de contracter une hépatite ou une ITSS. Pensez à faire intégrer à vos tests de dépistage le test de dépistage parasitaire. Soyez attentif à certains des symptômes d’une infection parasitaire comme la diarrhée, les ballonnements, les crampes, ou tout changement d’appétit, de poids ou de niveau d’énergie.

Jouets sexuels
Comme tous les jouets, les accessoires sexuels peuvent donner beaucoup de plaisir. Peu importe les articles qui se trouvent dans votre coffre à jouets, il est important de savoir bien en prendre soin afin que vous puissiez les garder longtemps tout en vous protégeant contre les germes nuisibles. La chose la plus importante à se rappeler est qu’il ne faut jamais partager nos jouets sans avoir pris les précautions nécessaires. Le fait de partager ses jouets sexuels sans avoir pris ces précautions augmente le risque de transmission des ITSS et d’autres bactéries. Il est important de toujours laver vos objets sexuels après l’usage, en particulier si vous compter les partager, ou bien mettez un condom neuf sur les jouets avant chaque utilisation avant de le passer à un partenaire ou en passant d’un usage anal à vaginale. Certains jouets ne peuvent pas être complètement lavés (jouets en gelée), il est donc important d’utiliser un condom lors du partage.

Conseils de sécurité:

  • Rincez toujours bien les jouets après les avoir lavés avec de l’eau chaude et du savon, de l’eau de javel dilué avec de l’eau (jouets en plastique) ou un nettoyant pour jouets afin d’éviter les irritations que peuvent causer ces substances chimiques.
  • Les jouets viennent en plusieurs matériaux : la gelée, le plastique, le caoutchouc (naturel ou PVC), le latex, le cyberskin, le silicone et le verre.
  • Après avoir lavé les jouets sexuels, laissez-les sécher à l’air plutôt que d’utiliser une serviette.
  • Ne mettez jamais les jouets électrique ou à piles sous l’eau (sauf s’ils sont conçus à cet effet)
  • Sortez les piles des jouets pour éviter les fuites
  • Utilisez des lubrifiants à base d’eau ou de silicone avec les jouets et les condoms. Les lubrifiants à base d’huile dégradent la substance et peuvent causer de l’irritation.
  • Ne jamais utiliser de lubrifiant à base de silicone avec des jouets en silicone.
  • Ne jamais rangez deux jouets en latex ou en gelée ensemble. S’ils entrent en contact, la substance se mettra à fondre.

 

Rimming/anulingus
Lécher ou se faire lécher l’anus est sans danger pour la transmission du VIH, à moins bien sûr que l’un ou l’autre des partenaires ait une blessure dans la bouche ou au niveau de la paroi anale. Lorsque l’on fait un anulingus, on peut contracter des parasites intestinaux ou des ITSS  Lorsque l’on reçoit un anulingus, il est possible de contracter l’herpès et la syphilis. Pour vous protéger, installez sur l’anus une digue dentaire habituellement retrouvée en pharmacie, un morceau de pellicule de plastique (ex : Saran Wrap, mais pas celui allant à la micro-onde, car il contient de petits trous, et jamais pour la fellation et pénétration) ou un condom coupé sur le sens de la longueur de manière à obtenir un carré de latex.

La diversité met du piquant dans la vie. Essaie de lécher, de souffler et de masser. Si tu utilise une barrière de protection, un peu de lubrifiant sur la région anale augmentera la sensibilité.

BDSM
L’acronyme BDSM (bondage et sadomasochisme), consiste en un ensemble de pratiques fondées sur une relation consentante de dominant à dominé. Cette domination s’effectue de manière psychologique (par exemple : humiliation et soumission) et/ou physique comme le bondage¬ (contention et ligotage) ou l’infliction d’une douleur quelconque. Les partenaires peuvent ou non alterner dans le rôle du dominant et du dominé. Ces pratiques sont sans risque en ce qui a trait au VIH et aux ITSS, mais seulement s’il n’y a pas de sperme ou de sang sur une peau endommagée, par des coups par exemple.

Le BDSM s’appui sur des valeur de respect et de communication. Il est important pour les personnes qui s’adonnent à cette pratique de négocier leurs limites et les termes (y compris les signaux et mots de secours (safewords) d’une session de jeu avant de commencer. Les signaux ou les safewords indiquent que la session doit s’interrompre immédiatement. Certains se servent du code rouge, jaune et vert par exemple. Ces systèmes existent pour protéger les participants et respecter les limites et les sentiments de chacun en tout temps.

Il est important de discuter de vos intérêts et de ceux de votre ou vos partenaires, de ce qui procure du plaisir, des limites physiques, des expériences passées et de tous type de besoin (dont ceux liés à la santé). N’hésitez pas à discuter d’ITSS avec votre ou vos partenaires. La discussion augmentera le sentiment d’intimité.

Sodomie/pénétration anale
La pénétration anale non-protégée est la pratique la plus à risque en ce qui a trait à la contraction du VIH et de la majorité des autres ITSS. Plusieurs méthodes de protection et stratégies de prévention existent pour prévenir la transmission des ITSS liée à la pénétration anale.  Celles-ci offrent différents niveaux de protection, dépendant de leur efficacité, de leur utilisation ainsi que du contexte dans lequel elles sont mises en place. Pour une personne qui pratique la sodomie, le condom reste le meilleur moyen de protection contre la majorité des ITSS. Le condom n’est cependant pas toujours l’option envisagée par tous. Il est important de choisir les stratégies de prévention qui nous conviennent le mieux afin d’avoir la meilleure protection possible tout en ayant du plaisir. On parlera donc de prévention combinée.

Voici plusieurs stratégies existantes qui réduisent les risques de contracter le VIH et dans certains cas aussi les autres ITSS.

  • Les stratégies efficaces contre la transmission du VIH

Ces stratégies ont été prouvées efficaces pour prévenir la transmission du VIH. Elles peuvent être utilisées seules, mais puisqu`elles ne sont pas infaillibles, il peut être bénéfique de les combiner a d`autres stratégies.

1. Prendre la PrEP (prophylaxie préexposition)

Prendre un traitement antirétroviral (pilules anti-VIH) à tous les jours ou de façon intermittente (avant et après une relation sexuelle) afin de prévenir l’acquisition du VIH chez une personne séronégative.

2. Utiliser une barrière physique (condom, digue dentaire, gant) et du lubrifiant lors d’un contact sexuel.

Utiliser une barrière physique (condom, digue dentaire, gant) lors d’une relation orale, vaginale/frontale ou anale, d’un rimming ou d’un fisting en l’accompagnant d’un lubrifiant approprié.

3. Adapter mes pratiques sexuelles à la charge virale des partenaires séropositifs impliqués.

Adapter les stratégies de prévention normalement mises en place lorsqu’un partenaire séropositif a une charge virale indétectable (moins de 40 copies par millilitre de sang).

4. Prendre mon traitement antirétroviral (personne séropositive).

Prendre un traitement antirétroviral (pilules anti-VIH) de façon régulière et adéquate dès que possible après un diagnostic du VIH, diminuant ainsi la charge virale.

5. Prendre la PPE (prophylaxie post-exposition).

Débuter un traitement antirétroviral (pilules anti-VIH) dans les 72 heures suivant une exposition potentielle au VIH afin de prévenir son acquisition chez une personne séronégative.

6. Combiner ma stratégie biomédicale avec celle de mes partenaires (biomed-matching).

Adapter les stratégies de prévention normalement mises en place lorsque tous les partenaires impliqués utilisent une stratégie biomédicale complémentaire (PrEP et/ou charge virale indétectable).

 

  • Les stratégies à efficacité ou incertaine.

Ces stratégies présentent une efficacité faible ou encore incertaine, et sont souvent dépendantes d`une diversité de facteurs. Il est recommandé de les combiner avec d`autres stratégies.

1. Faire du sérotriage

Limiter toutes ou certaines activités sexuelles uniquement aux partenaires qui ont le même statut sérologique que soi.

2.    Faire du séropositionnement

Choisir d’être top ou bottom en fonction de mon statut sérologique et de celui de mon partenaire, en se basant sur la notion que la position de bottom expose à plus de risques que celle du top.

3.    Établir une entente avec mon partenaire régulier (sécurité négociée)

Adapter les stratégies de prévention normalement mises en place suite à un dépistage de chacun des partenaires, accompagné d’une entente sur la sexualité et les stratégies de prévention à mettre en place à l’extérieur de la relation.

4.    Pratiquer le retrait avant l’éjaculation

Retirer le pénis de la bouche, du vagin ou de l’anus avant d’éjaculer.

5.    Adopter des pratiques sexuelles à faible risque

Choisir de pratiquer des activités sexuelles comportant de plus faibles risques de transmission du VIH dans les situations où ce risque est inconnu ou élevé.

6.    Réduire mon nombre de partenaires sexuels

Choisir de limiter son nombre de partenaires sexuels.

7.    Éviter d’avoir des relations sexuelles

Choisir de ne pas avoir de contacts sexuels à court ou long terme quand les conditions pour réduire ses risques ne sont pas optimales.

 

  • Les stratégies qui n`ont aucun impact direct sur la transmission du VIH, mais constituent des conditions favorables à la sante sexuelle.
1. Modifier ma consommation de substances

Modifier sa consommation de drogues et d’alcool avant ou pendant les relations sexuelles afin d’avoir un meilleur contrôle sur ses stratégies de prévention.

2. Me faire dépister régulièrement pour le VIH

Effectuer de façon régulière un test sanguin permettant de détecter si une personne est infectée par le VIH.

 3. Me faire dépister régulièrement pour les ITSS

Effectuer de façon régulière un test ou un examen médical permettant de détecter l’infection par une ITSS et d’amorcer le traitement approprié.

4. Communiquer avec mes partenaires de façon proactive

Discuter avec ses partenaires de son statut sérologique ou des stratégies à mettre en place avant d’entamer un contact sexuel.

5. Être circoncis

Avoir subi l’ablation du prépuce.

6. Aviser mes partenaires en cas d’ITSS

Informer ses partenaires sexuels d’une infection par une ITSS ou par le VIH avant un contact sexuel ou à la suite d’un diagnostic.

7.Utiliser des services sociaux et de santé

Recourir à différents services sociaux, de santé et communautaires afin d’obtenir du soutien pour améliorer sa santé sexuelle

 

Utilisation de seringues

Lorsque vous consommez des drogues récréatives dans le cadre de vos pratiques sexuelles il est important de toujours utiliser du matériel stérile et de ne pas partager le matériel d’injection ou d’inhalation.

Lorsque vous utilisez des seringues, il ne faut pas remettre le capuchon sur celles-ci. Il est important de la ramasser par le réservoir nous-même (la personne injectée ramasse son propre matériel). Ainsi, on s’assure qu’il n’y ait pas transmission d’une infection d’une personne à l’autre. Une fois ramassées, il est important de récupérer les seringues dans un récipient pour aiguilles souillées conçu à cet effet ou dans un contenant épais en plastique solide à petit goulot. On s’assure ainsi de ne plus être en contact avec le matériel souillé et donc d’éviter un accident.

Lorsque votre récipient est presque plein, communiquez avec une pharmacie ou le programme d’échange de seringues de votre quartier, avec la ligne d’information su la santé sexuelle, le centre de santé et des services sociaux, ou l’organisme de services en matière de VIH de votre localité. Ils pourront éliminer le matériel eux-même ou vous conseilleront sur les mesures à prendre.

* Sources :  Projet Mobilise, projetmobilise.org, 2015; Histoires de jouets sexuels Un guide sur la prévention du VIH et des ITS pour les utilisateurs, 2005-15; Lire ceci pourrait te sauver le cul. L’anulingus : trucs et conseils, 2010; BDSM Jeux .kinky’ plus sécuritaires, mars 2011; Hard Safer Sex Gay par SNEG et AIDES, novembre 2004; www.fr.wikipedia.org, novembre 2006 (Bondage, BDSM, Fist-Fucking); La transmission du VIH : guide d’évaluation du risque, cinquième édition, Société canadienne du sida, 2005.